Quel surnom va mériter le 44ème Président des Etats Unis?

By pirkre

Matthew Stevenson, écrivain, membre de l’Overseas American Academy, à Genève, montre avec humour que les présidents américains n’ont de loin pas toujours tenu leurs promesses de candidats, avec un florilège d’exemples et de surnoms historiques.

Mardi 11 novembre 2008

Si l’on s’en tient à la logique actuelle, y compris celle, irrationnelle, des marchés, l’élection présidentielle de 2008 est une réplique de celle de 1932. Selon le Bureau des analogies historiques, le récent effondrement des marchés est une répétition de la Grande Dépression. Par conséquent, l’élection du sénateur Barack Obama à la présidence est analogue à la victoire de Franklin Roosevelt en 1932 et à l’émergence d’un New Deal.

Les évocations historiques simplifient la vie des éditorialistes pour qui l’Histoire ne cesse de se répéter en métaphores aisément compréhensibles. Et si la panique des marchés de 2008 était davantage une récurrence de la récession de 1837 que le président Andrew Jackson avait léguée à son successeur, Martin Van Buren?

Surnommé «Martin Van Ruin», le président a essayé tous les stimulants financiers actuellement recommandés à Washington. Mais la crise a persisté pendant quatre ans. Lors de l’élection suivante, Van Buren a perdu contre William Henry Harrison, malgré son sobriquet de «Old Granny» (dû à son âge, 67 ans, cinq ans de moins que John McCain aujourd’hui).

L’équipe de transition d’Obama va jouer sur le parallélisme avec Roosevelt et le New Deal, car elle va entrer en fonctions en jouissant de la majorité au Sénat et à la Chambre des représentants avec, peut-être, le mandat de promulguer des lois régulant une économie de marché devenue folle.

Malheureusement, même en cas de victoire écrasante, les scrutins en faveur des présidents américains ne sont jamais accompagnés d’instructions claires. Les vainqueurs peuvent interpréter les votes comme bon leur semble. De plus, les candidats ont la fâcheuse habitude de se présenter pour le poste en gentil Dr Jekyll pour devenir le président Hyde une fois élus.

Quelques exemples

- En 1916, le président Woodrow WilsonCoiner of Weasel Words», auteur de paroles ambiguës, était l’un de ses malheureux et néanmoins révélateurs surnoms) fut réélu pour avoir tenu les Etats-Unis à l’écart de la Première Guerre mondiale. Il passa les quatre années suivantes à faire cette même guerre et à négocier sa paix.

- En 1964, Lyndon JohnsonLandslide Lyndon», autrement dit Lyndon victoire écrasante) promit aux Américains de créer une «Grande Société», un mélange de programmes sociaux. Mais sa présidence fut consacrée à la guerre du Vietnam, un aspect de la grandeur qu’il avait promis d’éviter pendant sa campagne.

- En 1800, Thomas JeffersonRed Fox», renard rouge) se présenta aux élections en défenseur d’un gouvernement fédéral peu envahissant, mais il utilisa ensuite unilatéralement le pouvoir des deniers de Washington pour acheter la Louisiane et doubler ainsi la superficie des Etats-Unis.

- En 2000, le candidat George W. BushIncurious George», George l’ignorant) dénonça ce qu’il appelait le «nation building», l’idée d’imposer des solutions américaines à des pays ennemis dans le monde. Mais depuis 2003, le président Bush a dépensé un milliard de dollars environ tous les quatre jours pour imposer les vues américaines dans des pays comme l’Irak, l’Afghanistan, le Pakistan et la Syrie.

Non seulement les campagnes présidentielles sont de mauvais indicateurs de la future action du candidat une fois élu, mais l’appartenance politique n’offre guère davantage d’orientation sur le sujet. Théoriquement démocrate, le président Bill ClintonSlick Willie», Willie l’Esquive) a poursuivi la politique économique de Ronald Reagan (le «Grand Communicateur»); il a réduit les impôts, s’est montré dur avec les syndicats et a laissé au pays un excédent budgétaire.

Dans le même registre, le président démocrate John Kennedyle roi de Camelot») entonnait lui aussi des refrains républicains. Il a diminué les impôts, mené une politique étrangère agressive, fermé les yeux sur les droits civils et augmenté les dépenses militaires. Son rival républicain Richard NixonTricky Dick», Dick le tricheur) s’est montré bien plus libéral que Kennedy pendant sa présidence. Nixon a coupé le lien entre le dollar et l’or, a développé toutes sortes de programmes fédéraux, a négocié avec des ennemis comme la Russie et la Chine, et a laissé au pays la stagflation démocrate: pas de croissance et des prix élevés.

Même si la campagne de McCain a essayé de faire passer Barack Obama pour un féru des impôts et de la dépense, un ami des terroristes et un radical fumeur de joints des années 1960, je crois qu’il sera un président républicain plus prévisible que Benjamin Harrisonl’Iceberg humain») ou Calvin CoolidgeCal le silencieux»).

Nous avons appris pendant les débats que l’idée qu’Obama se fait d’un conseiller économique ressemble au financier Warren Buffettl’Oracle d’Omaha»), l’homme le plus riche d’Amérique. Il est difficile d’imaginer un démocrate doctrinaire comme le président Harry TrumanHaberdasher Harry», Harry le tailleur) recevant des conseils économiques d’un milliardaire.

En matière de politique étrangère, Obama me rappelle surtout le président républicain William McKinleyl’idole de l’Ohio») qui allait à l’étranger en quête de monstres coloniaux. Nombreux sont ceux qui sont conscients qu’Obama – qui a des racines au Kansas – a une sensibilité du Midwest. Le fait qu’il ait choisi le sénateur Joe Biden, un partisan de l’intimidation, comme vice-président indique un goût semblable à celui de McKinley pour la diplomatie de la canonnière, celle de la baie de Manille, du Kosovo ou de l’Afghanistan.

La plupart des meilleurs présidents des Etats-Unis ont été des accidents de l’histoire, la leur ou celle de leur pays. Abraham Lincolnl’honnête Abe») n’a été élu que parce que le candidat d’un troisième parti, John C. Breckinridge, avait éparpillé les voix de l’opposition. Le vice-président Teddy RooseveltRough Rider», rude cavalier) est arrivé au pouvoir quand McKinley a été assassiné. Et Thomas Jefferson ne fut élu qu’après un vote départagé par la Chambre des représentants.

Même le très méconnu Rutherford B. HayesHis Fraudulency») n’est devenu président qu’après avoir perdu le vote populaire et truqué le résultat du Collège électoral. Mais il a sorti le pays de la panique de 1873, ce qui n’était pas un mince exploit, et a mené à bien la Reconstruction en retirant les troupes fédérales des Etats sudistes. Lorsque son mandat s’est achevé en 1881, un de ses détracteurs déclara: «Il s’est si bien débrouillé que parfois je souhaite presque qu’il ait été élu.»

Nous ne savons pas quel destin (ou surnom) attend Barack Obama. Il y a de bonnes chances pour qu’il ne soit jamais connu, comme le président John Adams, comme «Sa Rotondité». Espérons qu’il réussisse mieux que les présidents Andrew Johnsonle tailleur du Tennessee») ou John TylerHis accidency»). Mais une fois son sobriquet connu («Barack l’audacieux»; «le Professeur de droit» ou peut-être «Short Change Obama», qui ne rend pas toute la monnaie), il renfermera le verdict de l’histoire.

Pilar Salgado
11/11/2008 | Mise à jour : 11:25 |
Consulter l’article
n.réf.:20230

Laisser un commentaire